Ma méthode de maintenance

Depuis quelques années nous réussissons à maintenir, et même multiplier, un grand nombre d'invertébrés marins, la maintenance des poissons ayant été plus précoce car nécessitant un niveau de qualité d'eau moindre et une technologie plus simple.
Plusieurs méthodes ont fait leurs preuves. Personnellement je ne parlerai ici que de celle que j'emploie (même si je ne suis pas un puriste), la méthode dites "berlinoise" ... version JB ...
Cinq grands éléments en constituent la structure :
. des pierres dites "vivantes", c'est à dire prélevées sur un récif corallien et conservées avec tous les égards auxquels ont droit les autres animaux
. un écumeur (ou plusieurs si la taille du bac le nécessite)
. un éclairage adapté
. un brassage adapté
. un apport de calcium
 
Je vais tenter de reprendre chacun des éléments afin d'en expliquer la teneur et la nécessité.


Les pierres vivantes 

Il s'agit de structures minérales, constituées par des squelettes de coraux morts ou dont le développement à entraîner une disparition des tissus (essentiellement à la base des colonies), ne laissant apparaître que le squelette. Elles sont ainsi principalement constituées de calcaire, mais aussi des autres éléments absorbés par les coraux et fixés dans leur squelette.
Cette structure minérale ayant séjourné dans le milieu naturel elle est colonisée par un certain nombre d'organismes, micro et macroscopiques : bactéries, micro invertébrés, crustacés, vers, algues, coraux, etc ...
C'est cette faune et cette flore qui seront "le poumon" de l'aquarium. Cette ensemble d'êtres vivants va traiter une large partie des déchets produits par les habitants de l'aquarium: fèces des poissons, mucus des coraux, etc ... ainsi que les restes de nourriture non consommée. Plus la diversité d'espèce est importante plus efficace seront les pierres, et plus le bac prendra un aspect naturel. La diversité est un facteur prépondérant dans le milieu naturel, mais aussi dans des microcosmes tel nos aquariums.
L'état de "santé" des pierres  vivantes est ainsi essentiel. Celles-ci doivent être soignées au même titre que les plus beaux coraux et les poissons aux couleurs chatoyantes qui ont tendance à monopoliser l'attention. Il faut choisir son revendeur et bien vérifier l'état des pierres avant l'acquisition. Vérifier également l'odeur ... une odeur d'oeuf pourri est signe de pourriture (souvent des éponges). Les pierres doivent être vérifiées avant introduction : élimination des éponges en décomposition (même petites) en grattant la roche avec une petite lame, et rinçage avec un peu d'eau de mer pour éliminer les résidus d'animaux morts pendant le transport.

Après introduction des pierres vivantes une lente recolonisation  va s'opérer car de nombreux organismes vivants seront morts, pendant le trajet du récif au revendeur, chez le revendeur, et lors de l'installation dans votre bac.
Elles passeront par différents stades de peuplement végétaux avant de présenter un certain équilibre.

Au sein de pierres vivantes bien installées divers processus chimiques se réalisent, notamment la dénitrification, effectuées par des bactéries anaérobies vivant dans les microporosités (les pierres sont comme des éponges en fait). Elles participent ainsi pour une large part à la purification de l'eau, mais pas seulement. Elles l'enrichissent également de divers composés fixés, qui sont dissout et relargués dans l'eau (calcium, magnésium, ...), évidemment pas en quantité suffisante pour les éléments comme le calcium, mais sans doute suffisante pour d'autres à l'état de traces   dans l'eau de mer naturelle.

Il faut noter qu'une couche de sable relativement importante (de l'ordre de quelques centimètres) joue un rôle similaire en finissant par être elle-même colonisée si on prend garde de ne pas placer dans le bac d'animaux fouisseurs (gobies), qui passent leur temps à filtrer le sable ... Le rôle de cette épaisseur de sable n'est pas à négliger et ne présente pas seulement un aspect un esthétique. Pour preuve elle est un élément fondamental pour le traitement de l'eau de la méthode Jaubert notamment.


L'écumeur

 Autre moyen de purification essentiel de l'eau (même si dans un bac bien rodé nous pouvons nous en passer pendant quelques jours). Il agit en produisant de l'écume, c'est à dire une mousse très fine, dont les bulles captent à leur surface les molécules dissoutes par la microfaune présente dans les roches et rejetées par certains animaux de plus grande taille. Le principe est le même que celui que l'on peut observé sur le bord des plages après une tempête lorsque la mer rejette une frange d'écume sale sur le bord.
Plusieurs types existent, personnellement le mien est un écumeur de contact. Il est nécessaire d'utiliser un modèle surdimensionné par rapport aux informations du constructeur. Par exemple si l'écumeur est conseillé pour un volume de 500 à 1000 L, utilisé le pour un bac de 300/400 L.

L'utilisation de l'écumeur est simple, il faut juste suivre les prescriptions sur son positionnement, vider le collecteur d'écume (une fois par semaine en fonctionnement normal, plus fréquemment en phase de rodage) et le nettoyer entièrement une fois par mois.


L'éclairage

L'éclairage participe pleinement au fonctionnement de l'aquarium. Sans lui pas de photosynthèse, donc pas d'algues, donc pas d'invertébrés ... donc pas de vie (ou très peu)
Il existe plusieurs types d'éclairage : les lampes néons, les lampes à halogénures métalliques, les diodes. Je ne parlerai pas ici de la dernière catégorie car je ne la connais pas. Il semble seulement que la température de la lumière peut être modulée à volonté, que l'intensité lumineuse est importante, et que la consommation et le dégagement de chaleur est faible ... à priori que du bon ... sauf le prix qui semble-t-il est encore assez élevé ...

Les lampes néons utilisables en aquariophilie récifale sont de deux types : T8 et T5. Les T8 sont les néons classiques d'un diamètre de 26 mm, les T5 d'un diamètre de 16 mm. Les T5 sont donnés comme produisant une intensité lumineuse plus importante que les T8. Personnellement j'ai vu des T8 aussi intense des T5 ... tous dépend de la marque. L'éclairage produit par les néons est très "enveloppant", la lumière ne semble pas projetée, mais semble envelopper ce qu'elle touche. Elle produit ainsi très peu d'ombres ou de reflets (notamment ceux engendrés par les mouvements d'eau à la surface du bac).

Les lampes à halogénures métalliques existent en plusieurs puissances de 70 w à plus de 2000 w. Ces lampes chauffant beaucoup il est préférable de ne pas les placer trop près de la surface (25/30 cm), afin d'éviter une augmentation trop importante de la température de l'eau (il est toujours possible de limiter celle-ci en utilisant un ventilateur qui évacuera la couche d'air chaud). L'aspect esthétique de ce type d'éclairage n'est pas à négliger. En effet la lumière semble intensément et linéairement projetée, produisant une forte impression de relief au contraire de la lumière produite par des néons.

L'intensité lumineuse préconisée dépend de la profondeur du bac et du type de peuplement. Personnellement j'ai utilisé pour mon précédent bac un HQI 150w, 2x T8 blanc, et 2 T8 bleu, pour une profondeur de 50 cm. Pour le bac que je remet actuellement en route j'ai changé le HQI de 150w pour un 250w, éliminé les T8 blancs, et remplacé les T8 bleus par 2x T5 bleus.
Nombre de coraux supporte très bien un éclairage modéré, ils adapteront leur morphologie et leur coloration à son intensité. Un éclairage très puissant peu endommager les coraux, qui peuvent provenir de zones profonde du récif ou de zone proche du rivage ou la turbidité de l'eau est importante. Le passage des coraux entre les mains de plusieurs intervenants (et donc différentes conditions de maintenance) avant d'aboutir dans le bac final peut également avoir modifié leur capacité à gérer des lumières intenses. Méfiance donc lors de l'introduction dans un bac puissamment éclairé ...

La durée d'éclairage dans les parties du globe ou se situe les récifs est globalement de 12h. Si l'on veut simuler le crépuscule et l'aube nous pouvons utiliser un éclairage blanc et bleu sur une période de 10h, et restreindre l'éclairage exclusivement au bleu lors de la première et la dernière heure.

Le dernier facteur que je souhaiterais aborder ici concerne la température de la lumière. Cette valeur est mesurée en degré Kelvin (°K). La lumière du jour blanche est généralement considérée comme présentant une température de 10000°K (de 6000°K à 15000°K). Plus le chiffre est bas plus la lumière sera teintée de rouge, plus le chiffre sera élevé plus elle prendra une coloration bleue. Le soucis dans nos bac n'est pas de reproduire la lumière du jour mais la lumière présente dans l'eau. En effet une partie importante du spectre est très rapidement absorbée par l'eau de mer. Les rouges et oranges disparaissent dès les tous premiers mètres. Les coraux maintenus dans nos bac ont ainsi besoin d'une part importante de bleu dans l'éclairage.
Personnellement j'ai utilisé pour mon précédent bac un HQI 14000°K, 2x T8 10000°K, 2x T8 bleu supra actinic (Actireef de chez Zolux), ces derniers présentent une longueur d'onde très basse et produisent énormément d'UVA, qui favorisent la fluorescence des coraux (pour moi ce sont les meilleurs néons bleus, ils accentuent la coloration des coraux de façon impressionnante). Pour le nouveau bac un HQI 14000°K et 2xT5 bleu supra actinic (Actireef aussi ... on ne change aps une équipe qui gagne ...).


Le brassage


Le brassage est un élément fondamental dans l'aquarium récifal. Il permet l'oxygénation des invertébrés, l'évacuation de leurs sécrétions (mucus, déchets divers), et il apporte une part de nourriture carnée (n'oublions pas que la plupart des coraux ont la capacité de capturer et d'ingérer des proies ... même avec de petits polypes comme les acropora).
Il n'y a pas de règle précise quand à l'aspect quantitatif du brassage. Généralement il faut au moins 10 x le volume du bac, mais tout dépend du peuplement. Avec des coraux à gros polypes (euphyllia, plerogyra, cynarina,trachyphyllia, catalaphyllia, ... et ou des coraux mous (sarcophyton, sinularia, corallimorphaires, ...) il faut mieux éviter un brassage violent. Un léger courant de circulation leur suffit, voir presque pas de courant pour certain. En présence de coraux à petits polypes (acropora, seriatopora, styllophora, montipora, ...) un brassage important est toléré voir nécessaire. En fait la vigueur du courant va influer sur la morphologie de ces coraux. Un brassage violent engendra des colonies trapues, avec des branches serrées et courtes ; un brassage modéré et les colonies prendront un aspect élancé et aéré.
Personnellement j'essaie de brasser fortement la moitié haute du bac, et favoriser un courant rotatif léger dan le bas.
La mise en place d'un brassage adapté aux différents habitants du bac n'est pas chose facile. Il faudra modifier l'agencement des pompes, et déplacer les invertébrés si par exemple il présente un défaut d'épanouissement (surtout pour les coraux à gros polypes).
Maître mot : observer le bac régulièrement et connaître chaque individu ... pour cela il faut un peu de temps ... et de patience ...


L'ajout de calcium

Le calcium est un élément constitutif de l'eau de mer. Celle-ci en contient environ 550 mg/l. Cet élément est fortement consommé par les coraux durs, ceux qui construisent la structure du récif par leur squelette. Il est difficile de quantifier la consommation pour chaque bac, mais une chute du taux de calcium est rapidement visible. En effet celui-ci joue un rôle de tampon et empêche une baisse du ph.
La compensation des pertes de calcium peut s'effectuer par l'utilisation d'un réacteur à calcaire ou d'un réacteur à calcium (je ne parlerai pas des ajouts par l'emploi de solutions à base de chlorure de calcium car elles me semble trop perturbantes à long terme du fait d'ajout de chlorure).
Le réacteur à calcaire utilise un principe simple, mais nécessite la mise en place un système assez complexe. Le principe consiste à faire lentement circuler de l'eau acide dans un compartiment rempli de calcaire. Ce dernier sera alors dissout et se retrouvera en grande quantité dans l'eau. Pour se faire il faut utiliser du CO2 (comprimé en cartouche), l'injecter dans de l'eau, en contrôler le ph en continu à l'aide d'une sonde reliée à un régulateur qui modulera la diffusion du CO2. Cet eau circulera alors doucement dans un compartiment rempli de calcaire ou d'un mélange minéral à base de calcaire avant d'être rejetée dans le bac.
Le réacteur à calcium a pour principe d'ajouter de l'eau à forte teneur en calcium obtenue en mélangeant de l'eau douce à de l'hydroxyde de calcium (poudre blanche très fine). Le mélange doit être réaliser en absence de CO2 (le moins de contact possible avec de l'air), car celui-ci provoque la précipitation du calcium dissout. Pour réaliser cette solution il existe des réacteurs qui brassent lentement de l'hydroxyde de calcium, et, raccordés au système de compensation d'eau évaporée, apportent régulièrement une eau saturée en calcium.
Personnellement j'emploie un réacteur à calcium qui me paraît plus simple à utiliser.
Pour mon premier bac je ne possédais pas de réacteur et je confectionnais directement une solution à base d'hydroxyde de calcium en mélangeant de l'eau douce à 2 ou 3 cuillères d'hydroxyde dans une bouteille (remplie au maximum pour éviter le mélange avec avec le CO2 de l'air). Après avoir fortement agité la bouteille j'attendais quelques minutes que la solution commence à s'éclaircir. Ensuite par siphon à l'aide d'un fin tuyau je vidais la partie non laiteuse de la solution dans le bac ou la décantation. L'inconvénient vient de la fréquence des ajouts qui doivent être effectué tous les 3 jours environs ...


Voilà présenté en quelques lignes ma méthode berlinoise que j'ai déjà employé avec succès et que j'utilise à nouveau.
Je précise que durant les 5 dernières années de fonctionnement je n'ai effectué aucun changement d'eau ... je sais que cela peu choquer certain, mais je pense que les animaux que je maintenais étaient en bonne santé ... non ? Alors pourquoi pas ...

J'espère que vous pourrez en tirer quelques enseignement. N'hésitez pas à me contacter pour avoir des précisions.

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